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Méthodologie

Matrice Kraljic en achat public : adapter un outil privé aux collectivités

La matrice Kraljic classe vos achats selon leur impact et leur risque fournisseur. Comment l'appliquer concrètement aux achats d'une collectivité territoriale en 2026.

La matrice Kraljic appliquée aux achats publics : mode d'emploi pour les collectivités

La matrice Kraljic vient du secteur privé. Elle a été publiée en 1983 dans la Harvard Business Review par Peter Kraljic, qui cherchait à aider les directions achats des grandes entreprises à prioriser leurs efforts. Quarante ans plus tard, elle reste l'outil de segmentation stratégique des achats le plus utilisé au monde.

Et dans les collectivités territoriales ? Elle est quasi absente. Trop théorique, trop complexe, réservée aux grands groupes. C'est dommage, parce qu'elle répond exactement aux questions que se posent les acheteurs publics : sur quels segments concentrer mon énergie ? Quels fournisseurs sont vraiment critiques ? Où puis-je me permettre d'être moins rigoureux dans le suivi ?

Voici comment l'adapter à la réalité des achats publics, avec des exemples concrets de communes.

Le principe de la matrice en deux axes

La matrice Kraljic classe les familles d'achat selon deux dimensions.

L'axe horizontal mesure le risque fournisseur : est-ce que je peux facilement changer de fournisseur sur ce segment ? Y a-t-il beaucoup d'offreurs sur le marché ? Le segment est-il soumis à des tensions d'approvisionnement ? Un risque fournisseur élevé signifie que vous dépendez d'un nombre limité de prestataires capables de répondre à votre besoin.

L'axe vertical mesure l'impact financier : quelle est la part de ce segment dans votre budget achats total ? Un impact financier élevé signifie que le segment représente une masse significative de dépenses, et que des gains ou des dérives sur ce segment ont un effet visible sur les finances de la collectivité.

Ces deux axes créent quatre quadrants, chacun correspondant à une stratégie d'achat différente.

Les quatre quadrants et ce qu'ils signifient pour une collectivité

Quadrant 1 : les achats simples (faible impact, faible risque)

Ce sont vos achats courants, répétitifs, pour lesquels il existe beaucoup de fournisseurs et dont le montant unitaire est faible. Fournitures de bureau, petit matériel de bureau, consommables informatiques.

La stratégie adaptée : simplifier et automatiser. Ces achats ne méritent pas beaucoup de temps ni d'énergie. Un marché à bons de commande, une procédure d'achat simple, et une revue annuelle pour s'assurer que les prix restent raisonnables. Ce n'est pas là que vous allez chercher des économies significatives.

Quadrant 2 : les achats leviers (fort impact, faible risque)

Fort impact financier, mais beaucoup de fournisseurs disponibles. C'est là que la mise en concurrence vous donne le plus de pouvoir de négociation. Exemples dans une commune : carburants, fournitures scolaires en volume, entretien des espaces verts pour les grandes communes.

La stratégie adaptée : mettre en concurrence systématiquement, négocier les conditions, envisager la mutualisation avec d'autres collectivités pour peser davantage. C'est le quadrant où un acheteur bien outillé génère le plus de valeur.

Quadrant 3 : les achats critiques (fort impact, fort risque)

Fort impact financier et peu de fournisseurs capables de répondre. C'est le quadrant le plus délicat. Pour une commune, cela peut inclure la maîtrise d'oeuvre sur des projets complexes, certaines prestations informatiques spécialisées, ou des travaux nécessitant des qualifications rares.

La stratégie adaptée : sécuriser la relation fournisseur, anticiper les renouvellements de marchés très en avance, et envisager des marchés pluriannuels pour garantir la continuité. Une rupture sur ce segment a des conséquences directes sur le service public.

Quadrant 4 : les achats complexes (faible impact, fort risque)

Peu de fournisseurs disponibles, mais un impact financier limité. Ce sont souvent des achats très spécialisés en faible volume. Par exemple, la maintenance d'un équipement très spécifique dont il n'existe qu'un ou deux réparateurs agréés en région.

La stratégie adaptée : accepter la dépendance et la gérer. Il n'y a souvent pas grand chose à faire sur ce quadrant en termes de mise en concurrence. L'enjeu est de ne pas laisser ces achats devenir des achats critiques en laissant grossir les volumes.

À retenir : la matrice Kraljic ne vous dit pas quoi acheter. Elle vous dit où concentrer votre énergie et quelle posture adopter sur chaque famille d'achat. Sur les achats simples, vous simplifiez. Sur les achats leviers, vous négociez. Sur les achats critiques, vous sécurisez.

Comment positionner vos familles d'achat sur la matrice

Étape 1 : calculer l'impact financier de chaque segment

Prenez votre cartographie des achats et calculez, pour chaque segment, sa part dans le budget achats total. Un segment qui représente plus de 5 % du budget total mérite d'être en haut de la matrice. En dessous de 1 %, il est probablement dans la zone basse.

Ce calcul est simple si votre nomenclature est suffisamment granulaire. Si vous avez tout classé sous "Travaux divers", vous ne pouvez pas faire cet exercice correctement.

Étape 2 : évaluer le risque fournisseur de chaque segment

Pour chaque famille d'achat significative, posez-vous ces questions. Combien de fournisseurs avez-vous réellement consultés lors du dernier appel d'offres ou MAPA ? Combien ont répondu ? Y a-t-il eu des lots infructueux ? Avez-vous eu des difficultés à trouver des candidats ? Un segment avec peu de réponses aux consultations et un fournisseur unique depuis plusieurs exercices est un segment à risque fournisseur élevé.

Étape 3 : placer chaque segment dans son quadrant

Une fois les deux axes évalués, le placement est intuitif. L'exercice prend en général une demi-journée pour une commune de taille moyenne, sur la base de la cartographie et des données de consultation.

QuadrantExemples typiques en collectivitéStratégie
Achats simplesFournitures de bureau, consommablesSimplifier, automatiser
Achats leviersCarburants, fournitures scolaires, entretien espaces vertsMise en concurrence, mutualisation
Achats critiquesMOE complexe, informatique spécialisé, gros travauxSécuriser, anticiper, pluriannuel
Achats complexesMaintenance équipements rares, prestations très spécialiséesGérer la dépendance

Ce que la matrice change dans le pilotage quotidien

Une fois vos achats positionnés, la matrice devient un outil de priorisation concret.

Elle vous dit sur quels marchés il faut anticiper le renouvellement avec le plus d'avance. Un marché en quadrant critique doit être relancé 12 mois avant son échéance. Un marché en quadrant simple peut être géré à 3 mois.

Elle vous dit où la veille fournisseur est indispensable. Sur les segments critiques, une faillite fournisseur ou une hausse tarifaire brutale met en péril la continuité du service. Il faut surveiller ces fournisseurs régulièrement.

Elle vous dit où chercher des mutualisations. Les achats leviers sont les plus propices à la mutualisation entre collectivités. Le poids collectif de plusieurs communes sur un même segment change radicalement les conditions obtenues.

Et elle vous permet de justifier vos choix de procédure. Un achat en quadrant levier justifie une procédure formalisée même si le montant n'y oblige pas encore. Un achat en quadrant simple, à l'inverse, mérite d'être traité avec la procédure la plus légère possible pour ne pas mobiliser inutilement les agents.

Les limites à connaître

La matrice Kraljic a des angles morts, qu'il faut avoir en tête pour ne pas l'appliquer mécaniquement.

Elle ne tient pas compte des contraintes réglementaires spécifiques aux achats publics. Un achat en quadrant simple reste soumis aux seuils et aux obligations de mise en concurrence. La matrice ne dispense pas de respecter le Code de la commande publique.

Elle nécessite une cartographie propre pour être utile. Si vos données de dépenses sont agrégées dans des codes trop larges, vous ne pouvez pas évaluer correctement l'impact financier de chaque segment.

Elle est une photo, pas un film. La position d'un segment peut changer : un achat simple peut devenir critique si le marché fournisseur se concentre, ou si vos volumes augmentent fortement. La matrice doit être revue chaque année, pas produite une fois pour toutes.

Stratt permet de visualiser vos segments d'achat selon cette logique directement depuis vos données Astre, sans ressaisie. Voir les fonctionnalités de pilotage ou demander une démonstration.

Voir aussi : cartographie des achats publics, nomenclature achats publics. Référence : Peter Kraljic, "Purchasing Must Become Supply Management", Harvard Business Review, 1983.

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